La compétition et Jigoro Kano |
Gagner ou perdre : pour qu’il y ait victoire le perdant ne doit pas être vaincu mais convaincu. Le combat n’est pas, pour Jigorô Kanô, l’objet principal de son enseignement, mais seulement l’une de ses racines et l’un de ses aspects, pour faciliter l’accès du pratiquant à la compréhension de ces principes (adaptation/intelligence, meilleure utilisation de l’énergie).
- "Le combat n'est qu'un moyen d'étude, l'essentiel est la compréhension de principe, afin que ce principe pénètre notre vie entière."
- "L'échec dans la compétition ne doit pas être une source de découragement ni de désespoir, mais un signe de besoin d'une pratique plus grande et d'efforts plus soutenus à l'entraînement..."
"Le sens du sport n'est pas dans le score ou le record mais dans l'habileté et les moyens déployés pour y parvenir."
Dés le début de l'existence du Kôdôkan, Jigorô Kanô insista sur la nécessité de pratiquer des compétitions en jùdô et mit au point personnellement des règles élémentaires pour ses élèves. La compétition était un élément à part entière du jùdô, mais ne devait jamais être un but en soi, il le rappela très souvent. C'est aussi parce qu'il voulait intégrer la compétition au jùdô qu'il délaissa un certain nombre de techniques ou en modifia d'autres eu égard aux dangers qu'elles représentaient appliquées en compétition.
Cependant, créer un club ou une école ayant comme objectif la réussite en compétition comme un but en soi est une déviance grave liée à l'incompréhension du message laissé par Jigorô Kanô. En réalité, l'objectif d'un club de jùdô est de promouvoir le jùdô et ses valeurs ou de disparaître en esseyant.
Jigorô Kanô était pour les rencontres sportives mais pas pour l'élaboration d'un championnat. Il souhaitait introduire le Japon aux Jeux Olympiques mais pas le jùdô.
ANALYSE CRITIQUE DU CONCEPT DE COMPÉTITION DANS LE JUDO : Mise au point sur les méthodes de compétition visant à dépasser la hiérarchie de supériorité et d’infériorité. Cette étude prend pour point de départ le problème du culte de la victoire dans le sport de compétition, phénomène omniprésent dans les sociétés modernes où la performance est souvent considérée comme la seule mesure de valeur. Elle propose une réflexion critique sur le concept de compétition à l’origine de cette obsession, en interrogeant la manière dont le judo, en tant que discipline à la fois traditionnelle et sportive, se confronte à la structure binaire de victoire et de défaite. Le judo, en effet, porte en lui une dualité fondamentale : le « judo en tant que tradition » et le « judo en tant que sport » (JUDO), chacune de ces facettes étant porteuse de valeurs et de logiques parfois divergentes. Cette dualité révèle le dilemme profond entre « éducation » et « compétition » : éduquer le pratiquant au dépassement de soi et à la maîtrise de ses émotions, ou l’orienter vers la performance et le résultat. Or, cette confrontation n’est pas toujours perçue comme une interprétation correcte ou équilibrée, car la culture sportive moderne tend à absorber et neutraliser les dimensions éducatives et éthiques au profit de la victoire immédiate. En analysant les notions de compétition dans le « judo en tant que sport » et le « judo en tant que budo », il apparaît que dans les deux cas, la « force » d’un pratiquant peut être évaluée selon des critères qui dépassent l’excellence purement compétitive. Cette distinction est fondamentale : la « force du pratiquant » – qui inclut la maîtrise technique, la présence mentale, le courage et le respect de l’adversaire – peut être appréciée indépendamment de la « force sportive » mesurée par le score ou la victoire. Cependant, dans le cadre du sport moderne, cette subtilité est souvent éclipsée par le culte de la victoire, qui conduit le compétiteur à concentrer tous ses efforts sur le résultat tangible. On assiste alors à une tension permanente entre l’idéal de formation humaine et l’exigence de performance, une tension qui constitue à la fois le charme et la difficulté du judo contemporain. Il est crucial de distinguer deux types de culte de la victoire. Dans le concept originel de compétition, le culte de la victoire n’est pas critiquable : il fait partie de la structure même de l’affrontement, et le « défenseur positif du culte de la victoire » contribue à l’équilibre du processus compétitif. En revanche, dans la compétition moderne, apparaissent des « défenseurs négatifs du culte de la victoire » qui, en négligeant toutes les autres valeurs – respect, humilité, effort partagé – perturbent l’harmonie et l’équilibre de la compétition. Lorsque cette forme de culte de la victoire devient excessive, elle entraîne une survalorisation sociale et psychologique de la victoire, et accentue la frustration, la pression et parfois même la transgression éthique chez les athlètes. Pourtant, le judo conserve encore aujourd’hui, de manière implicite mais tangible, l’idéal de clore une compétition sans que la hiérarchie entre victoire et défaite ne soit ressentie de manière écrasante : c’est ce que l’on peut appeler l’« esthétique de la maîtrise des émotions ». Dans cette perspective, la victoire et la défaite ne sont pas des fins en soi, mais des occasions d’exercer le contrôle de soi et d’exprimer une forme d’excellence éthique et esthétique. Cette approche est directement en lien avec les principes fondateurs formulés par Jigoro Kano : Seiryoku zen’yo (utilisation optimale de l’énergie), Jita kyoei (prospérité mutuelle) et, plus largement, l’idée de formation humaine (ningen keisei), où le développement moral et spirituel est aussi central que la compétence technique. Ainsi, dans le contexte moderne, où la valeur sociale et symbolique de la victoire est fortement amplifiée, les solutions aux dérives du culte de la victoire peuvent être partiellement retrouvées dans la dimension corporelle et traditionnelle du judo. La « manière de compétition » héritée du budo, fondée sur l’éthique et l’excellence, peut continuer à jouer un rôle régulateur, même face à la logique dévorante du sport compétitif contemporain. Pour restaurer l’équilibre du concept de compétition, il est nécessaire de réévaluer la notion de défaite, non pas comme une simple absence de victoire, mais comme une expérience qui porte en elle sa propre valeur formatrice, éthique et esthétique. Une telle relecture permettrait de dépasser l’obsession du résultat et d’enrichir la pratique sportive d’une dimension humaine et culturelle qui lui est aujourd’hui trop souvent étrangère. En somme, la réflexion sur le judo contemporain met en lumière que la résolution des problèmes liés à la survalorisation de la victoire ne passe pas uniquement par des règlements ou des stratégies d’entraînement, mais par une réappropriation consciente des idéaux traditionnels et de la « manière de compétition » qui en découle. C’est dans cette tension fertile entre tradition et modernité, entre performance et éthique, que le judo trouve encore son potentiel éducatif et transformateur. |
Ce texte met en avant qu'il ne faut pas confondre :
- vouloir gagner le combat pendant le combat
- être content d'avoir gagné après
le combat ou être malheureux d'avoir perdu après le combat
et
- d'un côté le traditionnel
le dépassement de soi
- de l'autre côté le modernisme contemporain
championniste négatif
En réalité :
Dans l'ordre on a eu :
- le judo lié à la vie à la mort (le
devoir)
- le judo lié au championnisme (la
réussite dans la vie)
- le judo lié au dépassement de soi (réussir
sa vie)
Le dépassement de soi promu par Jigoro Kano dés le départ n'est traduit dans les faits que par notre époque moderne