Je n’ai pas toujours été l’homme que je suis...

"Je n’ai pas toujours été l’homme que je suis. J’ai toute ma vie appris pour devenir l’homme que je suis, mais je n’ai pour autant pas oublié l’homme que j’ai été, ou à plus exactement parler les hommes que j’ai été. Et si entre ces hommes-là et moi il y a contradiction, si je crois avoir appris, progressé, changeant, ces hommes-là quand, me retournant, je les regarde, je n’ai point honte d’eux, ils sont les étapes de ce que je suis, ils menaient à moi, je ne peux pas dire moi sans eux.

Je connais des gens qui sont nés avec la vérité dans leur berceau, qui ne se sont jamais trompés, qui n’ont pas eu à avancer d’un pas de toute leur vie, puisqu’ils étaients arrivés quand ils avaient encore la morve au nez. Ils savent ce qui est bien, ils l’ont toujours su. Ils ont pour les autres la sévérité et le mépris que leur confère l’assurance triomphale d’avoir raison. Je ne leur ressemble pas. La vérité ne m’a pas été révélée à mon baptême, je ne la tiens ni de mon père ni de la classe de ma famille. Ce que j’ai appris m’a coûté cher, ce que je sais je l’ai appris à mes dépens. Je n’ai pas une seule certitude qui ne me soit venue autrement que par le doute, l’angoisse, la sueur, la douleur (itami) de l’expérience. Aussi ai-je le respect de ceux qui ne savent pas, de ceux qui cherchent, qui tâtonnent, qui se heurtent. Ceux à qui la vérité est facile, spontanée, bien entendu j’ai pour eux une certaine admiration mais, je l’avoue, peu d’intérêt. Quand ils mourront, qu’on écrive donc sur leur tombe : il a toujours eu raison..., c’est ce qu’ils méritent et rien de plus. Il faut appeler les choses par leur nom."

Aragon
Les Lettres Françaises, n° 771, du 30 avril au 6 mai 1959

L'image de l'escalier :
L'apprentissage peut être vue comme l'ascension d'un escalier. Un enseignant doit être capable de monter et descendre l'escalier de son propre apprentissage. En revanche, tous les enseignants ne sont pas capable de monter aussi haut. Plus l'enseignant est monté haut dans l'escalier et plus il peut faire monter ses élèves haut dans l'escalier. Toutefois, un enseignant peut aussi ne plus se souvenir des premières marches ou ne les avoir jamais connues à cause d'un apprentissage trop rapide de l'élève doué qu'il était à l'époque de son propre apprentissage. Il en résulte qu'un enseignant d'athlète de haut niveau peut se montrer performant pour des athlètes de haut niveau mais peut s'avérer incapable d'enseigner des niveaux débutants ou même inférieurs à celui qu'il enseigne habituellement. À l'inverse, un enseignant de niveau technique plus bas peut s'avérer plus performant pour des élèves de plus bas niveau mais incapable de faire monter des athlètes de haut niveau sur une marche qu'il n'a jamais atteint lui-même.

Enseigner à un élève est donc identifier la marche sur laquelle il se trouve et le faire monter les marches supérieurs.

Le pédagogisme :
Certaines techniques pédagogiques ne sont pas nécessaire avec la grande majorité du public. Ces techniques sont utilisées soit parce que :
- l'enseignant sous estime les limites de son public
- l'enseignant pense à tort que plus une technique est enseignée de manière décomposée et plus il accrochera d'élèves

L'élève sera démotivé si :
- la marche identifiée est plus basse que le niveau réel de l'élève (pédagogisme)
- la marche identifiée est plus haute que le niveau réel de l'élève

S'il est vrai que les élèves les plus fragiles ont besoin que les techniques soient enseignées de manière très décomposée, les plus fort d'entre eux ont besoin d'avancer plus vite. La meilleures méthode consiste à enseigner de manière non décomposé à tous et de reprendre de manière plus décomposé aux plus fragiles.

NB : les marches ou le niveaux cités ne font pas référence à un résultats en compétition mais au GHI, le niveau technique, tactique et stratégique.