Le jùdô féminin

"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre."
Karl Marx

"Plus loin on regarde vers le passé, plus loin on voit vers l'avenir"
Winston Churchill

LES PREMIÈRES FORMES DE DISCRIMINATION

Avec la généralisation progressive du jd féminin vont pouvoir être observées les premières formes de discrimination sexuelles dont certaines persistent aujourd'hui. Les renseignements fournis ici proviennent de témoignages recueillis directement auprès des pratiquantes. Voici les formes les plus marquantes de discrimination dont les femmes jdkas ont eu à souffrir dans les années 50-60. Ces discriminations paraissent résulter de quelques idées forces. Ces idées forces sont exprimées dans des articles écrits par des professeurs de l'époque. Voici les principales :
- le rôle social de la Femme consiste à tenir une maison et élever ses enfants ;
- le jd est un sport trop violent pour la Femme et peut l'empêcher d'avoir des enfants ;
- le jd compromet la féminité, ce n'est pas le rôle d'une femme de faire du jd ;
- les femmes ne sont pas assez sérieuses ni assez disciplinées pour faire du jd ;

Interdiction de la compétition. La première forme de discrimination est l'interdiction de la compétition aux femmes. Privé de toute évaluation, le jd féminin n'est pas reconnu comme une activité sérieuse et paraît peu crédible. Les enseignants insistent sur la beauté des mouvements, l'esthétique des katas, plutôt que sur l'efficacité. Citer J Liberman. Dans les revues françaises, les courriers de lecteurs font état de propos ironiques sur le femmes jdkas : les femmes ont peur des chutes, devient une activité privée Le jd féminin n'est donc pas pris très au sérieux. Pourtant, un championnat de jd féminin est organisé à Paris le 1er Mai 1950. Ce championnat, ouvert à toutes les femmes titulaires de la ceinture orange, se déroule en marge du championnat d'Europe et est arbitré par Kawaishi lui-même. Toutes les techniques sont autorisées, y compris les étranglements. Les comptes-rendus qui nous sont parvenus sont quelque peu réservés, la plupart des pratiquantes manquant de techniques et déployant une agressivité déplacée.

Le Tournoi féminin de Paris en mai 1950
(En arrière-plan, Kawaishi en train d'arbitrer)

Pourtant, cette compétition n'était pas dépourvue d'intérêt car toutes les finalistes seront ceintures noires quelques années plus tard. La vice championne, Mme LEVANNIER, obtiendra la ceinture noire l'année suivante. Il faudra attendre 1968 pour que la Grande-Bretagne organise son premier championnat de jd féminin, remporté par une certaine Elaine BIRCH, JC TIPTON.

Suzanne Agisson
Janine Levannier

Keiko Fukuda (née le 12 Avril 1913 et décédée le 9 Février 2013), était une jùdôka américaine d'origine Japonaise. Elle était la jùdôka la plus haut gradée de l'histoire, avec le grade de 9e dan du Kdkan et 10e dan de la Fédération des États-Unis de jd (USJF). Elle était la dernière élève survivante de Jigorô Kanô. Elle a été une pionnière renommée du jd féminin, en étant la première femme promue au 6e dan en 1972, et plus tard 9e dan en 2006, par le Kdkan. Elle était également la première et, jusqu'à présent, la seule femme à avoir été promu au 10e dan. Le grand-père de Keiko Fukuda, Fukuda Hachinosuke, était un samouraï et le maître de Tenjin shinyo-ryu jujutsu et premier maître de Jigorô Kanô. Après avoir terminé son éducation formelle au Japon, à savoir l'art de la calligraphie, l'arrangement floral et la cérémonie du thé, typique activités pour une femme au Japon à cette époque. En dépit de son éducation classique, Keiko Fukuda se sentait proche de jd à travers les souvenirs de son grand-père, et un jour est allée avec sa mère pour regarder une séance d'entraînement de jd. Jigorô Kanô avait des élèves féminine dès 1893 (Sueko Ashiya), et a officiellement ouvert la Joshi-bu (section des femmes) du Kdkan en 1926. Il a personnellement invité la jeune Keiko Fukuda à étudier le jd, un geste inhabituel pour l'époque, par respect pour son grand-père. Elle a commencé formation en jd en 1935, comme l'un de seulement 24 femmes une formation au Kdkan. Quelques mois plus tard, elle a décidé de commencer la formation elle-même. Sa mère et son frère ont soutenu cette décision, mais son oncle était opposé à l'idée. Sa mère et son frère avaient pensé que Keiko Fukuda finirait par épouser un des pratiquants de jd, mais elle ne s'est jamais marié, au lieu de devenir un expert en jd elle-même.

Keiko Fukuda mesurait 1,50 m et pesait moins de 45 kg. Elle est devenu un instructeur de jd en 1937. Elle a également obtenu un diplôme en littérature japonaise de l'Université de Showa femmes. En 1953, elle a été promue au grade de 5e dan de jd. Elle a voyagé aux États-Unis d'Amérique plus tard cette année, à l'invitation d'un club de jd à Oakland, en Californie, et resté pendant près de deux ans avant de retourner au Japon. Fukuda prochain voyage aux États-Unis en 1966, ce qui donne des séminaires en Californie. À cette époque, elle était l'une des quatre seules femmes au monde selon le classement à la 5e dan de jd, et était l'un des deux seuls instructeurs féminins au Kdkan (l'autre étant Masako Noritomi, également classé 5e dan) En 1966, elle a démontré son art au Mills College , et l'institution lui a immédiatement offert un poste d'enseignant, elle accepté, et il a enseigné de 1967 à 1978.

Pendant ce temps, Fukuda a vécu à la Noe Valley domicile de l'un de ses élèves, Shelley Fernandez, et a enseigné le jd il y a en plus de son enseignement à l'université. Lorsque la taille des classes a augmenté, elle s'est déplacée des classes à la Sokoji Zen temple bouddhiste dans le quartier japonais, San Francisco. Elle a nommé son école le Soko Joshi jd Club. Ayant installé dans la baie de San Francisco, Keiko Fukuda a renoncé à sa citoyenneté japonaise pour devenir un US citoyen.

Vers 1972, suite à une campagne de lettres contre la règle interdisant aux femmes d'être promu supérieur 5e dan, Keiko Fukuda devient la première femme promue au 6e dan par le Kdkan. En 1973, elle a publié Né le Mat : un kata Kdkan manuel pour les femmes, un livre d'instruction pour les femmes sur le kata. (patterns) de Kdkan jd. En 1974, elle a créé le jd Camp annuel Joshi pour donner jd féminin praticiens la possibilité de s'entraîner ensemble. Cette année-là, elle était l'une des trois seules femmes dans le monde classé 6e dan de jd.

En 1990, Fukuda a reçu du Japon de l'Ordre du Trésor Sacré , 4e classe (Rayons d'or avec rosette), et les États-Unis jd Incorporated (USJI) Henry Pierre Lifetime Contribution à l'attribution jd américaine. En 2004, elle publié Ju-No-Kata : Un manuel Kdkan, revue et augmentée de Born pour le Mat, un guide illustré pour effectuer Ju-no-kata , l'un des sept katas du Kdkan. Keiko Fukuda a servi de conseillère technique pour les États-Unis Femmes jd et le USJI Kata juges Certification Sous-comité. Elle a également siégé en tant que juge national Kata, et a été membre du corps professoral du USJI national des enseignants de l'Institut, membre du Comité de promotion USJF, et un membre de l' USJF et le sous-comité de USJI femmes.

Keiko Fukuda avait le grade de 9e dan, le deuxième plus haut en jd, de deux organisations, et en Juillet 2011 a reçu le grade de 10e dan d'une tierce organisation. En 2001, elle a reçu une rare ceinture rouge (marquage 9e rang dan) en jd par l'USJF pour sa contribution permanente à l'art. Le 8 Janvier 2006, à de son nouvel an Biraki Kagami la célébration, le Kdkan promu Keiko Fukuda au rang de 9e dan - la première fois qu'il avait attribué ce grade à une femme. Le 28 Juillet 2011, le conseil de promotion de USA jd décerné Fukuda le grade de 10e dan.

Keiko Fukuda a continué à enseigner le jd trois fois par semaine, l'hôte des Championnats annuel Fukuda Invitational Kata, et enseigner au 'jd Camp annuel Joshi jusqu'à sa mort, à l'âge de 99 ans, à San Francisco, Californie. Elle a créé le Fukuda Bourse jd Keiko pour encourager et permettre aux femmes de continuer leur formation formelle dans l'art. En dehors de l'enseignement aux États-Unis, elle a également enseigné en Australie, au Canada, en France, en Norvège et aux Philippines. Keiko Fukuda de devise personnelle était : ". Soyez doux, gentil et beau, mais ferme et forte, à la fois mentalement et physiquement»

Elle visita les États-Unis d'Amérique pour enseigner dans les années 1950 et 1960 et fini par s'installer là-bas. Elle a continué à enseigner le jùdô dans la baie de San Francisco jusqu'à sa mort en 2013.

Un jd féminin différent du jd masculin. Une autre forme de discrimination, qui découle de la précédente, est l'adaptation de l'enseignement aux élèves féminines. Considéré comme dangereux pour le corps féminin, le jd doit être adapté à la morphologie des femmes. Rappelons que les pratiquantes féminines sont presque toujours adultes ou adolescentes: les pratiquantes enfant sont alors exceptionnelles. L'enseignement du jd féminin n'est donc pas uniforme : on trouve autant d'enseignements que de professeurs différents. Mais presque tous les professeurs restent persuadés que le jd est dangereux pour les femmes et doit être adapté. Certes, toutes les techniques sans exception leur sont généralement enseignées. Mais, Ça et là, certains professeurs évitent d'enseigner les sutémis et les étranglements, voire les armlocks, jugés trop dangereux. L'enseignement des katas est généralement privilégié. Le randori est la seule forme de combat autorisée. Le jd féminin tend à devenir une gymnastique plutôt qu'un sport de combat.

Discriminations dans l'organisation des cours. Les cours sont parfois mixtes, parfois séparés. Les premières femmes professeur n'apparaîtront, en France, que dans les années 50. Dans les années 60, on verra un peu partout une véritable explosion de cours strictement féminins. Il y aura même des clubs féminins mais dont l'existence restera éphémère. Même dans les cours mixtes, la pratique reste strictement séparée, les élèves féminines étant à part. Au moins au début, les randoris mixtes restent exceptionnels. En fait, les hommes rechignent à pratiquer avec une femme et préfèrent s'entraîner entre eux. Dans les années 50, rares sont les hommes qui acceptent d'être envoyés au tapis par une partenaire féminine ! D'autre part, la différence de morphologie, de pédagogie, rend, au moins en France, pratiquement incompatible la pratique mixte. Il faudra attendre les années 60 pour voir ce blocage progressivement surmonté. En fait, le milieu du jd, très largement masculin, rechigne à intégrer les femmes. En outre, la quasi impossibilité pour les femmes de pratiquer le jd avec des partenaires masculins compromet l'efficacité de leur pratique, au moins sur le plan de la self défense.

Des grades féminins spécifiques. La discrimination s'étend tout naturellement à la remise des grades. Une ceinture féminine ne pouvant avoir la même valeur qu'une ceinture masculine, les ceintures féminines sont barrées sur toute la longueur d'une bande blanche. Encore aujourd'hui, cette discrimination est observée au Japon. À l'époque, nombre de femmes considéraient comme une véritable discrimination cette particularité. Quant à la ceinture noire, elle était contingentée afin de garantir la valeur de ce grade. Selon certains auteurs, l'octroi de la ceinture noire doit être encore plus sévère pour les femmes que pour les hommes. Dans les années 50, en France, l'examen des femmes pour la ceinture noire était mixte : les premières candidates n'étaient pas suffisamment nombreuses pour combattre entre elles, et elles devaient donc affronter d'autres candidats masculins. L'accès à la ceinture noire sera donc très difficile pour les françaises, au moins jusqu'aux années 70.

L'attitude de jdkas masculins. On comprend dès lors que les femmes aient rencontré de sérieuses difficultés pour s'imposer dans le milieu du jd. En fait, le jd féminin n'est généralement pas pris au sérieux. La motivation des enseignants est de former des ceintures noires et des compétiteurs, afin d'affirmer une fédération en pleine formation. D'autre part, plusieurs témoignages font état du manque de courtoisie de partenaires masculins qui refusent de chuter ou refusent de s'entraîner avec une partenaire femme. Il est fait également état du manque de propreté de certain d'entre eux. Ainsi que de propos déplacés ou grossiers. La place faite aux femmes dans l'univers du jd reflète la place qui leur est faite dans la société, sous domination masculine. Il faudra encore plusieurs années avant qu'elles ne soient pleinement acceptées. Un professeur 6e dan aujourd'hui décédé, M. Henri Birnbaum, m'a déclaré que le jd n'était pas fait pour les femmes. Cependant, il n'a pas été trouvé de traces de refus d'inscrire des femmes dans un cours. Les élèves femmes dérangent plutôt qu'autre chose. Il faut reconnaître que le renouvellement des effectifs féminins est rapide, beaucoup de pratiquantes, trompées par une publicité tapageuse, se décourageant rapidement.

Malgré toutes ces formes de discriminations, dont certaines subsistent encore aujourd'hui, certaines observations peuvent être faites qui contredisent la marginalisation du jd féminin. Par exemple, le large appel fait au jd féminin pour en vanter l'efficacité. Les journaux, les actualités cinématographiques, vantent l'efficacité du jd à travers des reportages mettant en scène des femmes le pratiquant apparemment avec facilité. Les cas d'autodéfense réussis sont largement rapportés.

Publicité des années 60
Couverture d'une brochure franco-belge parue en 1963

APRÈS LA SECONDE GUERRE MONDIALE, LE JÙDÔ FÉMININ COMMENCE À SE RÉPANDRÉ

À partir de 1950, le jd féminin commence à se répandre lentement mais sûrement dans le monde entier. Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, de nombreuses femmes de l'Armée américaine d'occupation, dont Ruth B. Gardner, découvrirent le jd grâce au cours féminin du Kdkan de TOKYO. De retour dans leur pays, elles contribueront à rendre ce sport populaire chez les femmes. Durant son séjour au Kdkan, un jùdôka français, Pierre DARCOURT, signale une compétition de jd réservée aux femmes ceinture noire ("Aventure jd en Extrême-Orient", 1957). Pour ce qui concerne la France, une source fiable est fournie par l'Annuaire du jd international d'Henri PLEE ; elle permet de dénombrer 130 françaises jùdôkas sur un total de 7542, soit 1,72 % du total ! Il s'agit là des chiffres de la seule Fédération française de Jd. Plusieurs fédérations étant alors en concurrence, le nombre réel de pratiquantes était donc plus élevé. En Belgique, une vingtaine de femmes pratiquaient le jd à Bruxelles.
Il s'agit de femmes le plus souvent adultes, parfois jeunes filles : le jd infantile reste exceptionnel, cette activité étant jugée trop dangereuse. Mais, alors que le jùjutsu intéressait surtout les femmes de la bonne société (upper class), le jd attire des femmes de condition plus modeste, étudiantes, secrétaires, assistantes sociales, lycéennes, etc.
À Paris, un championnat national féminin est même organisé en mai 1950, en marge du championnat national. Arbitré par Kawaishi en personne, il est ouvert aux dames ceintures orange. On a conservé les noms d'une vingtaine de participantes. Ce tournoi laissa les observateurs perplexes et ne fut pas renouvelé. Certains clubs organisent des compétitions féminines. En France, par exemple, le très select Racing-Club de Paris organise un tournoi féminin chaque été. En outre, des démonstrations de jd féminin sont souvent organisées en marge des championnats officiels, à Paris comme à Londres, et plaisent beaucoup au public.

Bien que très minoritaire, le jd féminin commence à faire parler de lui. Un peu partout dans la presse fleurissent des reportages sur le sujet : le jd est présenté comme une activité d'une facilité et d'une efficacité déconcertantes : le fait qu'il soit pratiqué par des femmes prouverait son efficacité. Les femmes font donc malgré elles de la publicité pour le jd. Un engouement pour le jd commence à se dessiner chez les femmes. La libéralisation progressive des mœurs, l'attribution du droit de vote, l'appétit de vivre de l'après-guerre, l'évolution de la mode (raccourcissement des jupes), concourent à orienter les femmes vers des activités libératrices, dont le sport.
La première ceinture noire féminine est accordée à Mme Levannier en 1951. En juillet 1965, on comptera cinquante franÇaises ceintures noires. Des cours féminins fleurissent un peu partout. La multiplication des clubs féminins paraît s'expliquer d'abord par l'impossibilité pour les femmes de pratiquer le jd dans les mêmes conditions que les hommes, le jd masculin ayant été rapidement orienté vers la compétition et celle-ci restant interdite aux femmes. Autre explication, les mentalités de l'époque, les codes sociaux s'accommodant assez mal de la pratique du randori mixte. Enfin, certaines femmes jdka se plaignaient du manque de correction de leurs partenaires masculins (voir). Malheureusement, la pratique non mixte se révéla discriminatoire pour les femmes attirées par la seule self-défense, celles-ci étant dans la quasi impossibilité de tester leurs techniques sur un partenaire masculin (les agresseurs de femmes sont assez généralement des hommes...) Des clubs féminins apparaissent. Ainsi, à Paris, Mme Levannier, première femme ceinture noire, ouvre un cours qui, en 1956 qui comptera une quarantaine de pratiquantes, dont 3 ceintures noires.
Le jd se répand parmi les actrices et comédiennes. Il leur permet de se faire remarquer, de faire parler d'elles dans les journaux :

Brigitte AUBER (ceinture marron), Paris, 1956

L'actrice française Brigitte Auber (ceinture marron), et l'actrice britannique Honor Blackman James Bond girl), toutes deux authentiques jdkas, gr âce aux nombreux articles de presse dont elles ont fait l'objet, ont manifestement contribué à populariser le jd dans leurs pays respectifs.

Honor BLACKMAN ("James bond girl")

Quelques femmes jdkas ont marqué cette période et méritent d'être évoquées ici. Mme Levannier a manifestement contribué à l'essor du jd féminin à Paris et en région parisienne. première française à enseigner le jd, elle ouvrira à Paris un club féminin réputé qui fonctionnera une vingtaine d'années (années 50 jusqu'aux années 70). J'aimerais recueillir des témoignages d'élèves ayant fréquenté ses clours.
Suivant les traces de Sarah Mayer, une franÇaise, Melle Collet, séjourne au Kdkan dans les années 50. Etudiante en Langues Orientales, ceinture noire, sa présence est signalée par Pierre Darcourt.
Monique Venner paraît être, en France, une personnalité marquante durant toute cette période. D'une personnalité hors du commun, elle a vécu une vie d'aventures qu'elle a racontées dans "Le Démon des Voyages" (1963). Ayant commencé le jd vers sa quinzième année, elle partit au Japon en 1964, seule et sans argent, pour y obtenir le 3e dan. Elle a fondé et dirigé plusieurs clubs de jd et beaucoup contribué, elle aussi, à propager le jd féminin franÇais dans les années 50 et 60.

LES TOUTES PREMIÈRES FEMMES JÙDÔKAS

Très tôt, un cours féminin ouvre au Budokwai. On ignore tout de la pédagogie mise en oeuvre par les professeurs vis-à-vis de leurs élèves féminins. Un peu partout en Europe et aux USA, sauf en France, des cours de jd sont ouverts aux femmes.
Voici quelques exemples de femmes jdka ayant sérieusement pratiqué le jd dès les origines : Sarah Mayer : issue de la bonne société (upper class), inscrite au Budokwai, elle prendra des cours avec G Koizumi, puis au Japon à l'occasion de ses voyages au Pays du Soleil levant ; voyageant seule, femme émancipée, elle pratiquera le jd très sérieusement et aurait atteint la ceinture noire avant de retourner dans son pays elle continuera à pratiquer. Miss Sarah Mayer semble être la toute première occidentale à avoir atteint un tel niveau dans le jd. Miss Wadsworth aux USA; Miss Helen Watts; Miss Ruth B Gardner; et beaucoup d'autres restées inconnues.

AVANT ET PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Dans les années qui précèdent la Seconde Guerre Mondiale, on rencontre Ça et là quelques femmes qui s'adonnent à la pratique du jd, mais vraiment très peu. En France, par exemple, quelques jeunes femmes sont recensées dans le 1er club de jd français, le Jùjutsu club de France, créé par Kawaishi, lui-même issu du Budokwai. Il s'agissait semble-t-il d'étudiantes proches du savant atomiste F Joliot-Curie. Un reportage pour les actualités cinématographiques fut d'ailleurs effectué à l'occasion de la visite de l'Ambassadeur du Japon Shigimura. En Allemagne et en Italie, alors dictatures fascistes, il n'était pas question d'encourager la pratique féminine du jd, les femmes étant alors vouées à la maternité : les dictatures ont toujours mené des politiques natalistes volontaristes. Pourtant, selon certaines sources, on trouve la trace d'une trentaine de femmes jdkas allemandes. En outre, en Autriche, une certaine Gerda Frost semble avoir été autorisée à enseigner le jd dans l'entre-deux guerres.

Entraînement des soeurs du PLAT à l'Anglo Japanese Jd Club Strathmore Gardens, Londres, 1936
Entraînement de Jd quelque part en Allemagne sous l'ère nazie

C'est en Grande-Bretagne et aux U.S.A. que le plus grand nombre de femmes jdka sera observé. À Londres, selon Joseph Svinth, une poignée de femmes, dont Dame Enid Russel-Smith, pratiquent le jd au Budokwa. Cette dernière se verra attribuer la ceinture noire avant la guerre. Dans certaines grandes métropoles des U.S.A., le jd féminin paraît beaucoup plus répandu. Dans tous les cas, il s'agit de femmes adultes, jamais d'enfants. Les cours sont le plus souvent strictement féminins. Les élèves portent (enfin !) le jùdôgi comme les hommes. Mais quoi qu'il en soit, le jd féminin reste une curiosité. L'accent est mis sur la beauté des mouvements, leur esthétique, la pratique des katas. Il ne faut pas opposer de résistance lors d'une projection. Le jd ne doit en effet pas blesser les pratiquantes. Le jd féminin s'apparente plutôt à un ballet qu'à un sport de combat.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, la pratique du jd féminin va s'intensifier pour d'évidentes raisons militaires. Aux USA, en particulier, les personnels féminins engagés, reçoivent souvent une initiation au jd destinée à améliorer leur condition physique et à les endurcir. En France, sous le régime fasciste de Vichy, des auxiliaires féminins de police reçoivent une formation à la self-défense inspirée du jd.

APPARITION DU JÙDÔ FÉMININ EN OCCIDENT

Il n'était pas évident que des femmes s'adonnent à un sport de combat, genre d'activité plut ôt réservée aux hommes. À la fin du XIXe siècle, le jujitsu connut un véritable engouement en Occident, en particulier dans certains pays anglo-saxons. Les premiers clubs de jùjutsu s'ouvrent à Londres (le fameux Budokwaï) et aux USA, en raison des relations entretenues par ces deux pays avec le Japon. Le succès rapide du jujitsu paraît s'expliquer par les récits de journalistes à l'occasion de la récente guerre russo-japonaise (1904-1905) où des soldats japonais n'hésitaient pas à affronter victorieusement au corps à corps leurs adversaires russes. La perspective de vaincre un adversaire à l'aide de techniques secrètes à l'efficacité foudroyante ne peut que séduire les messieurs de la bonne société londonienne et américaine en mal de divertissement. On trouve le même engouement en France pour le jujitsu, essentiellement pour des raisons militaires, semble-t-il.
Mais, si à Paris, le jùjutsu reste une activité uniquement masculine, il n'en va pas de même de l'autre côté de la Manche. La société anglo-saxonne, plus tolérante aux comportements individuels que la société latine, s'est accommodée sans difficulté de la pratique de sports de combat par des femmes. Deux catégories de femmes s'adonnent alors au jùjutsu :
- des femmes de la bonne société pour qui le jùjutsu est un divertissement, un moyen de se singulariser, de faire parler de soi, une activité à laquelle on peut s'adonner par snobisme, un passe-temps ;
- des femmes de condition beaucoup plus modeste mues par des mobiles politiques. Il s'agit plus particulièrement des premières suffragettes londoniennes, dont les meetings étaient régulièrement perturbés par la police. Certaines d'entre elles n'hésitèrent pas à mettre sur pied un véritable commando féminin chargé de défendre physiquement leurs militantes, grâce aux leçons de jùjutsu données par Mme Garrud, probablement la toute première professeur de jùjutsu en Occident. Les policiers londoniens redoutaient d'avoir à les affronter.

Mais les contraintes sociales pèsent encore lourd : les femmes pratiquent le jùjutsu en tenue de ville allégée. Pas question pour elles de revêtir le jùdôgi.

Le tout pemier livre de défense personnelle féminine en français (1906)

Il semble que le jùjutsu, discipline particulièrement exigeante, soit assez rapidement tombé en désuétude en Occident. La mode était passée. Lentement mais sûrement, le jd, apparu à la fin du XIXe siècle, allait le supplanter définitivement.

À la recherche du temps passé

Le processus d'émancipation de la Femme est, au moins en Occident, arrivé à son terme. Ce processus revêt plusieurs aspects :
- égalité des droits politiques ;
- accès au marché du travail ;
- exercice de mandats électoraux ;
- libre disposition de son corps : fécondité, sexualité, choix des vêtements, pratique sportive.
Jusqu'aux années 50, le rôle social de la Femme consistait essentiellement à tenir son intérieur, engendrer sa progéniture, et élever enfants. C'est ce que les Allemands appelaient " le trois K " ("Kinder, Kürche et Kirche"). La Femme était avant tout une Mère. La seule forme de contraception admise était la contraception naturelle. Il n'était donc pas question pour la Femme de montrer son corps, de se dévêtir : le corps de le Femme était protégé des désirs masculins par les règles de la pudeur et de la morale.
La conquête progressive de la maîtrise de son corps sera pour la Femme un des aspects de son émancipation de la Femme. Le sport pouvait compromettre la santé et les fonctions reproductrices. Une femme sportive pouvait engendrer des enfants anormaux, voire ne plus engendrer du tout. Il ne faut donc pas s'étonner que la pratique sportive était réservée exclusivement aux hommes, toute activité de ce genre étant considérée indécente voire immorale, voire dangereuse pour une femme.
Pourtant, avec le tournant décisif du XXe Siècle, le sport féminin va très progressivement faire son apparition. Lentement mais sûrement, on voit des femmes monter à vélo, faire du tennis, pratiquer la natation. Ces femmes, au début très peu nombreuses, sont tenues dans leur pratique sportive observer des codes sociaux stricts : discrétion, pudeur vestimentaire, leurs vêtements ne doivent pas dévoiler la moindre partie de leur anatomie. Il s'agit de femmes appartenant à des milieux aisés, disposant de temps libre, ne connaissant apparemment pas de problèmes financiers, et peu soucieuses de se conformer aux codes sociaux.

Voir aussi : http://www.ffjudo.com/ffj/Le-Judo/Judo-feminin

Les sports féminin

Quand on est une fille désireuse de se lancer sérieusement dans la pratique sportive, il est certainement plus facile de ne pas se laisser happée par la pression sociale qui envoie une majorité de garçons sur les terrains de football. Certaines disciplines ont su leur faire les yeux doux au point d'être majoritairement pratiquées dans des sections féminines. D'autres sports ont mis en avant leurs meilleurs représentants, indépendamment de leur sexe, pour promouvoir une image mixte et paritaire. Petite sélection des disciplines olympiques affichant les plus grandes proportions de licences féminines dans leurs effectifs.

Fédération française des sports de glace, 82,8% de licenciées : l'identification à un champion, ça compte. Surya Bonaly d'un côté, Philippe Candeloro de l'autre... Qui est le meilleur ambassadeur de son sport ?

Fédération française d'équitation, 80,6% : une vieille loi française stipule qu’une femme n’a pas le droit de porter de pantalon à moins d’avoir un guidon de vélo ou les rennes d’un cheval dans les mains. Résultat, pour pouvoir porter le dernier taille basse acheté cet hiver, il faut une licence d’équitation.

Fédération française de gymnastique, 78.4% : soyons clairs : le collant en lycra du gymnaste a fait beaucoup de mal à ce sport qui est, de fait, essentiellement pratiqué par la gent féminine.

Fédération française de natation 56.1% : on trouve une majorité de filles dans les piscines pour y nager le long des lignes d'eau. L'homme pour sa part évite de se licencier pour ne pas renoncer à sa véritable passion aquatique : faire des bombes pour éclabousser les gens sur les serviettes au bord du bassin.

Fédération française de volley-ball, 47,2% : le sport olympique le mieux réparti entre les sexes est le volley. Le dessin animé "Jeanne et Serge" a su imposer la parité dans ce sport pour toute une génération. Thank you La Cinq.

Fédération française d'athlétisme 42,3% : peu de sports font à peu près autant d'honneur à leurs championnes qu'à leurs champions et les (rares) athlètes françaises ayant été championne du monde ont été davantage mises à l'honneur que les handballeuses par exemple. La parité dans le traitement médiatique encourage la parité des licenciés.

Fédération française de pentathlon moderne 41,7% : discipline parmi les plus marginales en France, le pentathlon inventé par Pierre de Coubertin continue, en dépit de protestations, de disposer d'une vitrine olympique. Et surtout d'une triple championne du monde, Amélie Cazé.

Fédération française de basketball 39,7% : derrière la machine médiatique du basketball masculin, NBA en tête, les joueuses ont su réinventer cette discipline, en mettant en avant la tactique aux dépens des actions spectaculaires. Efforts payants puisque le basket compte parmi les sports les plus populaires de France.

Fédération française de badminton 39,7% : pour beaucoup de garçons, le fait d'expédier un truc en plume au dessus d'un filet peut manquer de testostérone. Impossible de péter l'arcade de son adversaire, assez peu d'occasions de faire des tacles glissés ou des plaquages en pleine course, bref, un sport de camping. Ou de fille...

Fédération française de ski 38% : il y a des coins en France où on ne peut pas se payer le luxe d'avoir un sport de garçon et un sport de fille. Alors tout le monde fait du ski, même ceux qui préfèrent le beach-volley ou le char à voile.

Fédération française de twirling bâton 92,2% : ce sport de "gymnastique et de danse exigeant le maniement d'un bâton" n'est pas un sport olympique, mais est en France (et certainement ailleurs) LE sport de fille par excellence. On en arrive même à se demander comment cette discipline qui peine à se différencier de celle des majorettes parvient à compter 845 garçons parmi ses licenciés.

La Fédération française de tennis dépasse le million d'adhérents : ils étaient 1 111 316 licenciés à taper dans la petite balle jaune en 2012. Un chiffre en hausse de 0,80 % par rapport à 2011, après plusieurs années de baisse. Par ailleurs, 30 % des licenciés de ce sport étaient des femmes ce qui qui fait de ce sport le plus pratiqué par les femmes.