Si le jùdô peut, extérieurement, paraître le fait marquant de la vie de Jigorô Kanô, on doit souligner l'importance de sa carrière au sein du Ministère de l'Éducation Nationale et son rôle déterminant dans la définition des bases du sport et de l'éducation physique au Japon. Sa vie toute entière fut dédiée à une cause qu'il définit en ces termes :

" Rien n'a plus d'importance que l'éducation ; l'enseignement d'un seul homme sage peut atteindre des multitudes et le savoir d'une génération peut profiter à cent autres. "

Kano Shihan (shihan) (l'Exemple)
Portrait de Jigoro Kano au début du Kôdôkan
Chikara-hittatsu les efforts conduisent toujours au but
Jita-kyoei prospérité mutuelle
Jundo-seisho le chemin juste conduit au but
Seiki-ekisei les progrès réalisés doivent servir aux autres
Seiryoku-zen-yo bon utilisation de l'énergie
Shin-shin-jizai souplesse de l'esprit et du corps
Yu yoku go seisu la souplesse l'emporte sur la résistance

Le moqué
De constitution fragile mais intelligent il est surnommé : Shin no Suke (Nobe no Suke selon certains) d’après le nom d’un samourai fin et gracile.
Ne pouvant pratiquer les activités physique en vogue à l’époque il est moqué et maltraité par ses camarades plus robustes.

Échec du renforcement musculaire
Il décide alors de suivre un programme de renforcement musculaire mais à cause du déclin des disciplines traditionnelles et du fait que les sports occidentaux n’était pas encore répandus, le matériel fut difficile à se procurer. Il réussi à se procurer du matériel de base-ball et fonde en 1878 le premier club de base-ball au Japon (contrairement aux idées reçues, le sport le plus pratiqué actuellement au Japon), le Kasei Base-ball Club. Il ne parvint pas a augmenter sa force musculaire et athlétique.

La décadence du jùjutsu
Ayant perdu de son prestige dû en partie par l’arrivée des armes à feu et au rejet systématique de ce qui était considéré comme vieux, beaucoup d’école de jùjutsu avaient fermé faute de pratiquants et les quelques écoles restante étaient fréquenté par des personnes violentes, souvent impliqué dans des rixes et se battant que pour l’argent ou pour honorer un pari.

Les premières leçons clandestines
Bien que Jirosaku Mareshiba Kanô, son père, lui interdit de fréquenter ces lieux moralement décadents, fréquentant une école de langues étrangères, il reçut avec l’un de ses camarades les premiers rudiments du jùjutsu à l’insu de son père.

Le premier maître de l’école Tenjin Shinyo Ryu : Hachinosuke Fukuda
En 1877, il s’inscrit à la faculté des lettres de l’université de Tokyo échappant ainsi au contrôle paternel et lui permettant d’entrer comme pratiquant de ju-jitsu de maître Hachinosuke Fukuda de l’école Tenjin Shinyo Ryu (école du cœur du saule, née de la fusion de l’école Yoshin Ryu crée par un médecin japonais ayant étudier les art martiaux chinois et s’appuyant sur ses connaissance médicales et anatomique et de l’école Shin no Shindo Ryu crée par un policier d’Osaka reprenant la précédente en y ajoutant de nouvelles techniques) spécialisée dans les atemis (coup frappés), les osae wazas (contrôles et immobilisations) et les shime wazas (strangulation). La base de l’apprentissage se faisait sur la pratique ; Hachinosuke Fukuda montrait les techniques avec peu d’explications théoriques et invitait ses élèves à reproduire le geste. Avant sa mort, Hachinosuke Fukuda impressionné par la passion et la volonté d’apprendre du jeune Jigorô Kanô, il lui laissa les Densho (les textes secrets de l’école). Plutard, la petite fille de Hachinosuke Fukuda prénommé Keiko (12 Avril 1913 au 9 Février 2013) se révèlera la dernière élève vivante de Jigorô Kanô (9e dan du Kodôkan et 10e dan USJA : États-Unis)

Le deuxième maître de l’école Tenjin Shinyo Ryu : Mataemon Iso
Jigorô Kanô trouve un autre maître en 1879 en la personne de Mataemon Iso surnomé Waka Sensei (jeune maître) le maître de Hachinosuke Fukuda. D’une grande aisance technique, il le considère comme ayant atteint le plus haut degrés de perfection. À son tour Mataemon Iso lui transmet les Densho.

Le troisième maître de l’école de Kito Ryu : Iikubo Tsunetoshi
Jigorô Kanô est accepté comme élève par Iikubo Tsunetoshi de l’école de Kito Ryu basé sur l’étude des formes dites Kata avec comme particularité des techniques de Nage-waza (projection). Ces Katas obligeaient à porter l’armure complète. Le Densho de Kito Ryu lui permis d’accéder à la connaissance de nombreuses techniques et permis ne constituer le Koshiki no Kata (le modèle, la forme ancienne).

La création du Kôdôkan
Étant reconnu expert par les deux Ryu, il put selon la législation impériale, fonder un nouveau Ryu qu’il appela Kôdôkan (lieu pour l’étude de la voie, de la méthode ou l’institut du Grand Principe) en mai 1882. La différence entre les écoles de jùjutsu et le nouveau jůdô du Kôdôkan réside dans le fait que Jigorô Kanô veut transformer une technique mise en place pour se défendre contre des adversaires plus forts que soi en une méthode pour éduquer les hommes à un respect réciproque, avec le désir et la volonté de progresser ensemble en bonne intelligence.

Des débuts difficiles
La famille de Jigorô Kanô jugea cette idée extravagante et ne lui apporta donc aucune aide financière et celui-ci dû donc vivre d’un maigre salaire de professeur débutant.

Le premier siège du Kôdôkan
Il s’établi en février 1882 à Shitaya (Tokyo) dans une salle du petit temple bouddhiste de Eisho-ji appartenant à la secte Jodô.
La salle contenait 12 tatamis. Le premier élève fut Izu ou Tomita Tsunejiro, âgé de 17 ans le 5 juin 1882. Jigorô Kanô innova en utilisant le jùdôgi (blanc), l’obi (blanche, marron, noire) et un pantalon (blanc). La première année le Kôdôkan accueillit 9 élèves.

Le deuxième siège du Kôdôkan
En 1883, il s’établi pas très loin du petit temple de Eisho-ji . La salle contenait cette fois 24 tatamis et en 1894 se crée le conseil du Kôdôkan, en 1900 le Yudansha Kai (Association des Dan). En 1909, Jigorô Kanô devient le premier membre japonais du Comité international olympique. En 1911, il fonde l’Association athlétique japonaise dont il devient la premier président. Dés 1912, il représente le Japon à Stockholm à tous les jeux Olympiques et à toutes les réunions du C.I.O. En 1921 il énonce les principes les plus important du Jůdô : Seiryoku Zen’yo (meilleur emploi de l’énergie) et Jita Kyoei : (prospérité et bien-être mutuel).

En 1934, Kano a arrêté de faire des apparitions publiques à cause de problèmes de santé, sûrement des calculs rénaux. La judoka anglaise Sarah Mayer (en) a écrit « On ne pense pas qu'il vivra encore longtemps » à ses amis de Londres.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jigorô Kanô

En 1938, au Caire il parvient à faire élire Tokyo comme ville pour les Xlle Jeux Olympiques.

La mort de Jigorô Kanô
Il meurt d’une pneumonie foudroyante le 4 mai 1938 à 06h33 à l’âge de 77 ans, 4 mois et 23 ou 24 jours (selon son heure de naissance) sur le bateau de transport de la NYK Line Hikawa Maru en provenance du Caire.

D'autres sources clament l'empoisonnement alimentaire. Dans les années 1990, des personnes ont annoncé que Kano aurait été empoisonné et non mort d'une pneumonie. En effet, bien qu'il n'y ait pas de documents connus attestant le meurtre, l'opposition de Kano au militarisme japonais était bien connu et beaucoup d'autres opposants au régime aurait également été assassinés.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jigorô Kanô

Portrait de Jigoro Kano vers la fin de sa vie généralement mis en avant dans les dojos.

L’homme meurt mais l’idée perdure
En 1949 se crée la Fédération de jůdô qui absorba l’Association des Dan (ayant son siège social près de celui du Kôdôkan).

Les première compétitions internationales
Les premières compétitions internationales de jůdô se déroulèrent à Paris en 1951, pour les premier championnats d’Europe et à Tokyo en 1956 pour les premiers championnats du monde. Son essor fut continu jusqu’en 1958 grâce notamment au victoire sur toute les autre écoles de Jùjutsu dans les dôjo Yaburi.

Le troisième siège du Kôdôkan
C’est la salle actuelle du Kôdôkan depuis 1958 recevant des centaines de jùdôka sur 662 m² répartis dans 7 salles.

L‘évolution des compétitions
En 1964, les jeux olympique de Tokyo virent l’apparition des premières catégories de poids. C’est à cette époque les compétitions international se développèrent : championnat d’Europe, championnat du monde, jeux olympique féminin, championnat d’Europe par équipes, jeux mondiaux militaires, coupe du monde par équipes, jeux mondiaux universitaires et coupe d’Europe par clubs . Tout ceci va à l’encontre de l’héritage spirituel, éthique et moral des principes du jůdô du Kôdôkan laissé par Jigorô Kanô, mais nécessaire à l’évolution du jůdô dans le monde.

Jigorô Kanô souhaitait à la fois voir le jůdô se répandre dans le monde entier et s'opposait à la transformation de ce qu'il avait conçu comme une voie d'éducation, en sport à l'occidentale. Cette contradiction a été à l'origine de nombreux conflits, non éteints complètement aujourd'hui encore. En particulier, l'importance attachée aux grades, au respect des maîtres et des traditions (cérémonial, kata, etc.), à l'étude inlassable de la technique et à la recherche des qualités morales (courage, loyauté, concentration d'esprit, etc.), est souvent ressentie comme opposée à la valeur accordée aux titres sportifs, à l'adaptation des règlements, à la recherche de la condition physique et du "fighting spirit" (allant jusqu'à la méchanceté).

Jigorô Kanô savait que les personnes qui viendraient après lui devrait eux aussi passer par les même difficultés de raisonnement qu'il a rencontré pour leur permettre d'expérimenter et de s'enrichir par eux même pour :
          - qu'il soit convaincu des résultats
          - qu'il soit en mesure de poursuivre seule

Il savait que des personnes finiraient par reconstituer son message sans qu'il soit diffuser de manière dogmatique.

Au Japon, on appelle Jigorô Kanô, Kanô Shihan (l'exemple).

Président du Kôdôkan (Institution pour l’étude et la pratique du Jùdô)
premier fondateur du Judo et du Kôdôkan
Président Honoraire de l’Association Athlétique d’amateurs du Japon (fondateur et ancien Président)

À l’époque de la naissance de Jigorô Kanô, le Japon fut témoin de nombreux changements révolutionnaires : fin de l’ère de EDO, début de celle de MEIJI. La nation rejette les cultures et institutions anciennes et se tourne vers la culture des pays avancés (Europe et Amérique).

Jigorô Kanô naît à Mikage, près de Kobe, le 10 décembre en 1860. Son père faisait partie d’une famille de prêtres Shinto et sa mère d’une famille de riches commerçants. Elle meurt en 1869. En 1871, Jigorô Kanô déménage à Tokyo pour rejoindre son père. Cette époque marque un rapide déclin des arts martiaux. De plus, une ordonnance interdit aux samouraïs le port du sabre. Il reste donc très peu de professeur de Jùjutsu.

Cependant Jigorô Kanô petit et faible voulait devenir fort. Ayant entendu parler de jùjutsu, méthode par laquelle un homme de faible force pouvait battre un homme beaucoup plus fort, il étudie différents jùjutsu et créé sa méthode : Kôdôkan Jùdô Kanô.

À Tokyo, Jigorô Kanô fait des études de langues étrangères, de sciences politiques, économiques et de philosophie. Il devient professeur en Sciences Politiques et Économiques, puis Directeur de l’École Normale Supérieure, et Directeur du Bureau des Études Générales au Ministère de l’Education. Il devient également conseiller au Ministère de l’Éducation et membre de la commission d’enquête sur l’éducation. Il fait des voyages d’étude des systèmes éducatifs européens et chinois. Il voyage à Paris, Londres, Anvers, Berlin, Bruxelles, Prague, Vienne, New York, Chicago, Washington, Shanghai.

Parallèlement, il devient membre du Comité International Olympique.

Au cours de son séjour à Paris, il rencontre Ferdinand Buisson, Professeur en Sciences de l’Éducation à la Sorbonne avec lequel il restera en relation. Ferdinand Buisson est un fervent défenseur (aux côtés de Jules Ferry) d’une « morale laïque », qu’il oppose à la morale telle que les religions l’envisagent.

À Berlin, Jigorô Kanô fait la connaissance de Rudolf Von Gneist, juriste allemand et fervent défenseur d’un État de droit qui s’oppose, aux côtés de Bismarck, aux idées des catholiques et aux sociaux-démocrates.

En 1924, il est nommé Professeur Honoraire à l’École Normale Supérieure et membre de la Chambre des Pairs du Japon.

Jigorô Kanô meurt sur un bateau qui le ramène au Japon le 4 mai 1938 à 6h33.

Aujourd'hui, il repose en paix à Matsudo, à 60 kilomètres de Tokyo où il vécut et créa le Jùdô Kôdôkan.

2° découverte et but de la méthode Jùdô Kôdôkan de Jigorô Kanô
Jigorô Kanô était de santé fragile dans sa jeunesse, de petite taille et de faible constitution. Pour pallier à cela, il s’adonna à l’étude des sports tels que la gymnastique et le base-ball, puis différents jùjutsu (jùjutsu et non jujitsu. jutsu= art, technique et jitsu= vérité, réalité) : Tenjin, shin, yo (spécialisé en shime waza, kwansetsu waza et osaekomi waza et en atemi), kito Ryu (spécialisé en nage-waza et en combat en armure).

En étudiant les jùjutsu, il se transforme : physiquement et physiologiquement. Son corps se modifie, il devient plus fort, plus souple, plus agile et résistant. Il se sent à l’aise, mieux avec lui même et avec les autres. Il n’a plus peur des confrontations et il a plus d’assurance. Il se découvre capable d’accueillir l’autre sans être a priori ni défensif, ni agressif et capable d’apprécier la compagnie des autres, la discussion, et la collaboration.

Il découvre ce qui va devenir le fondement de sa méthode, le principe universel : le meilleur emploi de l’énergie. En 1882, il crée la méthode qu’il appelle Jùdô Kôdôkan, bien qu’il trouve le titre un peu long. Le mot « Kodo » veut dire apprendre, prouver et pratiquer le principe et « kan » veut dire endroit, lieu. Jigorô Kanô tenait à ce nom "Jùdô Kôdôkan" pour faire de ce principe un objectif principal de vie pour apprendre. Cela était un peu long et Jigorô Kanô l’a baptisée Jůdô.

Vers 1922, la Société Culturelle du Kôdôkan fut fondée et un mouvement social était lancé sous les devises « SEIRYOKU ZEN YO », le maximum d’efficacité et « JITA KYOEI », prospérité et bienfait mutuels. Le jùdô Kôdôkan de Jigorô Kano doit conduire les pratiquants à observer ces principes.

"Existe-t-il un principe qui s’applique réellement à tous les cas ? Oui, il y en a un ! C’est le principe de l’efficacité maximum dans l’usage de l’esprit et du corps... J’ai donné à ce principe d’une absolue généralité le nom de jùdô".

"Le développement harmonieux d’un groupe humain n’est possible qu’au prix de concessions mutuelles".

"Le jùdô permet d’assurer non seulement les progrès de l’individu, mais aussi ceux d’un groupe humain ou de la Société."

"Le Jùdô peut être considéré comme un art ou une philosophie de l’équilibre, aussi bien que comme un moyen de cultiver le sens et l’état d’équilibre."

"Le jůdô, sous un de ses aspects, peut être étudié et pratiqué avec pour objet l’attaque et la défense, mais l’étude du principe dans toute sa généralité est plus importante que la simple pratique du combat (jùjutsu). Le Jùdô est un art et une science. Il doit être tenu au dessus de tout esclavage artificiel et doit être libre de toute influence financière, commerciale et personnelle. Les nouvelles inventions doivent devenir des connaissances communes".

"Le Jùdô a dépassé le stade primitif de l’utilité pour atteindre celui de la science et d’un art".

"Le jùdô peut être résumé par « l’élévation d’une simple technique à un principe de vie".

"Surmonter l’habitude d’employer la force contre la force est une des choses les plus difficiles de l’entraînement au Jùdô".

La Haute Valeur de l’Habilité et de la qualité de l’art ne peut s’obtenir qu’en s’élevant au dessus de la dualité de la compétition. L’échec dans la compétition et l’entraînement ne doivent pas être une source de découragement où de désespoir, mais un signe de besoin d’une pratique plus grande et d’efforts plus soutenus.

"L’Habilité est fonction d’une action inconsciente, automatique ; le contrôle conscient de toutes les actions est une chose impossible, car une entrée n’est possible que le temps d’un éclair".

"De la subtilité dans la technique, de la finesse dans l’esthétique sont utiles pour l’efficacité de l’art et échappent à toute description".

À mesure que l’on progresse dans l’étude du Jùdô, le sens de la confiance en soi-même, base de l’équilibre mental, se développe.

"L’adversaire est un partenaire nécessaire au progrès ; la vie de l’humanité est fondée sur cette base".

"Ambitions et Rivalités soigneusement dosées sont les stimulants du Progrès, mais en trop grande quantité, elles deviennent des poisons destructifs".

"Le meilleur usage que l’on puisse faire d’une épée est de ne pas l’employer ; le plus mauvais, de s’en servir".

"La valeur d’une chose dépend de la façon dont on l’aborde mentalement et non de la chose en elle-même".

"Le principe de l’efficacité maximum quand on l’applique en vue de donner la clé de la vie sociale ou de la perfectionner aussi bien que quand on l’applique à la coordination de l’esprit et du corps (dans le sens de l’attaque et de la défense) demande en premier lieu ordre et harmonie parmi les membres en cause. Cela ne peut être obtenu que par les concessions qui conduisent à un bien être et à des bienfaits réciproques".

"L’utilisation efficace de l’énergie n’est possible que si les individus du groupe coopèrent, au lieu comme il arrive souvent de s’opposer et de se combattre. La prospérité du groupe exige l’entraide. C’est seulement par l’entraide et les concessions mutuelles qu’un organisme en nombre, grand ou petit, peut trouver sa pleine harmonie et réaliser des progrès sérieux. Le but général du jùdô est donc d’inculquer à l’homme une attitude de respect pour le principe de l’efficacité maximum et du bien être par la prospérité mutuelle et de le conduire à observer ces principes"

Jigorô Kanô

Du Ju-Jutsu au Judo

Par Yvon Renelleau

D’après « Histoire du Judo » Kôdôkan institute novembre 1962

Rappel historique de la fondation du Judo Kôdôkan

10 décembre 1860 : Naissance du fondateur Jigoro Kano.

1873 : Jigoro Kano est envoyé en pension. Enfant prodige, il est de faible constitution, jalousé et chahuté par les autres élèves. C’est à cette époque qu’il songe à faire du ju-jutsu mais à l’insu de son père qui considère le ju-jutsu comme un art révolu et vulgaire.

1877 : Jigoro Kano rentre à la faculté des lettres. Il devient disciple de Hashinosuke Fukuda Maître de ju-jutsu. Avec son fidèle élève-domestique Tsunejiro Tomita il pratique le ju-jutsu tous les jours.

1879 : À la mort de Fukuda, Jigoro Kano reçoit les écrits de l’école et devient disciple d’un autre Maître Masashi Iso que Jigoro Kano considérera comme un grand Maître.

1881 : Au décès de Masashi ISO, Jigoro Kano hérite des manuscrits de l’école.

1882 : Au mois de février (15e année de Meiji), J.Kano rencontre Iikubo Tsunetoshi*. Cette même année Kano aménage un dojo au temple Eishogi et commence les premiers exercices avec le Maître Iikubo Tsunetoshi.

Dans un discours fait en 1932, Jigoro Kano dit : « Kodokan est né à la 15e année de Meiji » soit 1882

1883 : Iikubo Tsunetoshi donne accès à Jigoro Kano aux densho** de Kito-Ryu.

1884 : Jigoro Kano change le nom de ju-jutsu pour celui de Judo.

*Iikubo Tsunetoshi était un ancien Samouraï, Il mesurait près de deux mètres et avait environ 48 ans lorsqu’il rencontra J. Kano. Il décède la 21e année de Meiji (1888)
**Densho : Chaque école héritière d’une longue tradition possède son densho. Document qui contient les techniques, les formes d’application, les éléments spirituels et l’historique de l’art martial.

SUR LES TRACES DU FONDATEUR

Cette rétrospective de la période qui a conduit Jigoro Kano à fonder son école de Judo montre sa passion pour le ju-jutsu. Il est à noter que Jigoro Kano n’a que 21 ans lorsqu’il crée son école du Kôdôkan, juste après avoir rencontré Iikubo Tsunetoshi un des derniers Maîtres de Kito-Ryu. Il semble que cette rencontre a donné à Jigoro Kano des éléments qui l’ont incité à fonder rapidement les bases de son école. Il est à noter qu’en 1884, tous les disciples de la première heure feront le serment de ne pas dévoiler les secrets de l’école du Kodokan. Pour marquer cet engagement, chaque élève signera un « cahier des voeux » avec un pinceau trempé dans son propre sang.

Pour continuer mon raisonnement, je vous propose maintenant quelques extraits de «Histoire du Judo Kodokan Institute. Vol.XII N°5 » parut en novembre 1962

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En 1894 le 20 mai de la 27e année Meiji (1884) l’achèvement des travaux du dojo de Shita-Tomizaka fût prétexte à des réjouissances. À cette occasion de nombreux dignitaires furent invités. L’un d’eux Awa Katsu enthousiasmé, prit la plume et écrivit deux phrases qui furent encadrées et suspendues au mur en face de l’entrée. Elles devinrent la devise du Kodokan.

« Désintéressé l’homme connaît les merveilles de la nature »

« Dégagé de toute action, l’homme connaît toutes les finesses du mouvement »

En 1962 ces deux phrases étaient toujours suspendues au mur en face de l’entrée du Kôdôkan.

y.renelleau@orange.fr Page 2

Page 51

En 1932, pour le cinquantenaire de la création du Kôdôkan, Jigoro Kano fera un discours dans lequel il dit : Kodokan est né à la 15e année de Meiji…….et lorsqu’on y pense aujourd’hui, le Judo avait encore bien des points faibles à corriger.

Page 95

J. Kano dit : ….Mais Kito-Ryu, par laquelle j’ai appris à connaître l’excellence de « naga-waza », me le fit apprécier...

Tous ces faits me donnent à penser que Jigoro Kano a découvert, avec les enseignements de Iikubo Tsunetoshi de Kito-Ryu, un principe d’efficacité qui l’a incité à créer son école du Kôdôkan et il est certain, selon moi, que ce principe aura un certain effet pour imposer le Kôdôkan face aux autres écoles pratiquant le ju-jutsu.

C’est pourquoi on comprend mieux le choix de Jigoro Kano d’intégrer dans l’enseignement de son école celui de Kito-Ryu avec le Koshiki-no-kata qui est encore actuellement une référence pour l’obtention du 6e dan.

Histoire du Judo édité par la revue Judo Kôdôkan relate de nombreux faits sur l’époque de la fondation du Kôdôkan. Le résumé ci-dessus permet d’établir une chronologie sur certains points qui demandent à être commentés. Tout d’abord, on peut s’interroger sur l’empressement de Jigoro Kano pour fonder son école alors qu’il n’a que 21 ans et qu’il dira lui-même que sa méthode comportait encore bien des points faibles au moment de la fondation du Kôdôkan. Il dira aussi que Kito-Ryu lui a appris l’excellence du travail debout. Il serait intéressant également de connaître la nature des secrets que Jigoro Kano voulait protéger en faisant signer ses élèves avec leur propre sang. Toutes ces questions ont-elles une réponse ?

Les réponses semblent liées à l’enseignement de Kito-Ryu. En conservant le Koshiki-no-kata, Jigoro Kano nous a donné la possibilité d’étudier ce kata ancien qui semble pourtant éloigné de l’enseignement du Judo-Kôdôkan car, sur le fond, il ne renferme que deux techniques de mains, Uki-otoshi et yoko-wakare.

Jigoro Kano a laissé beaucoup d’explications, de nombreux écrits et de nombreuses photos sur lesquelles il démontre différentes techniques et tout particulièrement juno-kata et koshiki-no-kata.

Dans le livre « Judo Kodokan Illustré », à la page 20 Jigoro Kano explique : Mais j’en vins à penser que l’étude de ce tout puissant principe est plus importante que la simple pratique du ju-jutsu.

Après de nombreuses années de recherche je pense avoir des explications.

Pour étudier ce tout puissant principe, je pense qu’il faut suivre le chemin que Jigoro Kano et ses premiers élèves semblent avoir emprunté. Il nous a semblé judicieux dès début de cette recherche, avec Jean-Bernard Gardebien, de nous appuyer sur les deux techniques de mains du koshiki-no-kata pour continuer ensuite avec le Ju no Kata qui a été créé à l’époque ou Iikubo Tsunetoshi était en contact avec Jigoro Kano.

Pour parvenir à n’utiliser qu’un minimum de force physique pour un maximum d’efficacité, il est indispensable pendant les uchi-komi et les katas de coordonner la respiration inverse car elle est la seule façon de rester en relation étroite avec notre tanden. Il faut aussi maintenir notre corps le plus vertical possible et faire des déplacements qui doivent maintenir en priorité la stabilité du tanden au dessus des appuis. Peut-être que cette approche de l’Histoire du Judo vous incitera à étudier uki-otoshi. Je ne doute pas qu’à un moment donné, vous serez en mesure de projeter votre adversaire en n’utilisant pas la force physique. Ce qui n’est pas une fin en soi, mais un début.

http://evreux-dojoclub.over-blog.com/article-du-ju-jutsu-au-Judo-par-yvon-renelleau-101074858.html

Historique

Le testament caché de Jigorô Kanô