Sanctionner ou punir

Définition :

La sanction :
C'est une réponse, de type privatif, à une transgression. Elle peut servir de référence éducative dans le sens où elle place l'enfant ou la personne devant sa propre autoresponsabilisation.

Introduire une dynamique sanctionnante dans une structure ou un collectif suppose 4 conditions :
* L'existence d'une référence : loi-règlement-consensus.
* La connaissance d'une réponse de caractère privatif ou interdictif, adapté à l'importance de la transgression.
* Un garant connu (enseignant ou directeur) chargé de rappeler la loi et les conséquences d'une transgression.
* Une transgression volontaire (s'il y a méconnaissance de la loi, cela s'appelle une erreur).

Sanctionner c'est faire preuve d'autorité en confrontant l'enfant à la réalité qui l'entoure. La transgression de la règle est perçue comme une erreur de conduite qui peut se révéler néfaste pour l'auteur et/ou pour les autres et qu'il convient donc de relever et de modifier. La sanction est un élément de l'apprentissage et d'éducation.

La punition :
La punition est une sanction majorée par la subjectivité de celui qui la donne. C'est pour cela qu'elle est souvent vécue comme injuste. La punition est une réaction (souvent émotionnelle) à un comportement perçu comme une transgression ou une faute.
Souvent la punition sera prise non pour réparer, mais pour accentuer la culpabilité ou servir d'exemple, ce qui explique qu'une punition est une sanction majorée.("comme cela il ne recommencera pas…")
La punition est prise le plus souvent non en fonction de ce qui s'est passé, mais en fonction du retentisssement, de la résonnance chez celui qui découvre la transgression.
Punir c'est faire preuve de pouvoir et de puissance, en plaçant l'enfant dans l'impuissance et la soumission. La transgression de la règles est perçue comme une faute et un manque de soumission. La punition est un élément du dressage.

Sources : http://www.pedagopsy.eu/salome4.htm

La justice est trop souvent perçue comme une suite de punitions et non de sanctions.
Si le sanctioné comprend qu'il ne faut pas recommencer, le puni apprend qu'il ne faut pas se faire prendre.

Attention à l'injustice !
Il vaut mieux ne pas sanctionner un coupable que condamner un innocent :
- si les innocents sont aussi condamnés à quoi bon suivre les règles
- sanctionner un coupable n'a pas forcement un effet positif
- sanctionner un innocent a forcement un effet négatif
- ne pas sanctionner un coupable est inévitable car la justice n'a pas connaissance de tous les coupables
- sanctionner un innocent est évitable car la justice a connaissance de tous les innocents

Tout groupe qui vit, agit, produit… élabore des règles implicites ou explicites.

Ces règles sont amenées à ne pas être respectées soit qu'elles soient transgressées, soit qu'elles soient oubliées, ce qui peut passer inaperçu ou qui peut être constaté, ce qui peut provoquer une gêne ou ne pas en provoquer. Lorsqu'il y a constat de ce non respect mais aussi gène ou trouble ou danger, que faire, tout particulièrement pour ce qui nous concerne dans le cadre de l'école ? À cette question, deux alternatives au moins :

Laisser faire, ignorer ou agir, mais agir pour qui ? Agir pour quoi ?

Pour qui ?
- pour celui qui ne respecte pas la règle (transgression ou omission)
- pour celui, ceux qui sont victimes, gênés, troublés
- pour la (micro) société, école, classe ou cours
- pour soi en tant que garant des règles, de la Loi
- pour soi, éducateur, responsable des élèves et de leur éducation

Pour quoi ?
Sanctionner :
- pour la sécurité, l'équilibre des individus et du collectif
- pour la crédibilité du dispositif règlementé, légiféré
- pour la réussite de l'action éducative et de la vie collective
- pour l'éducation de celui qui ne respecte pas la Loi
- pour l'éducation de tous les individus constituant le collectif
Punir :
- pour son narcissisme professionnel et/ou personnel (image de soi)
- pour son (bon) plaisir conscient ou non (pourvoir, toute puissance, voire dimension sadique)

Agir donc, mais comment ?

- En fonction de principes et de valeurs
a) respect du droit commun en référence :
- au code civil ;
- à la Convention Internationale des Droits de l'Enfant ;
- au règlement d'école ;
- au règlement de classe.
b) principe d'éducabilité
- éducation et formation du "citoyen enfant" vers le "citoyen adulte"
c) principe de cohérence éducative
- système cohérent (éducation civique - loi d'orientation de 1989)
- attitude cohérente de l'éducateur (exemple et non modèle)
d) principe de cohérence avec la Justice française, notamment la Justice pour les mineurs
- présomption d'innocence
- droit à être défendu
- sanction profitable
- sanction adaptée à la faute et à l'individu (gradation de la sanction)
e) prise en compte du droit à l'erreur dans l'apprentissage de la socialisation ;

- En fonction de données des Sciences Humaines
a) Psychologie et développement de l'individu (notamment l'approche Piagétienne : quand l'adulte échange son point de vue avec l'enfant, il stimule le développement de son autonomie, quand il utilise récompense et punition il renforce son hétéronomie - conditionnement Pavlovien. PIAGET distingue donc punition et sanction par réciprocité, cette dernière étant directement liée aux actes que l'on veut sanctionner ; elle aide l'enfant à construire par lui-même ses règles de comportement à travers la coordination de points de vue)
- la punition entretient l'individu dans l'hétéronomie ;
- la sanction est éducative car en liaison avec la "faute" ;
- la sanction participe de et à la construction du sens social.
b) Psychologie des groupes et sociologie :
- phénomènes de groupe
- bouc-émissaire et leadership
c) Psychanalyse
- "le besoin de punition" selon Freud pour le propre équilibre du fautif (cf. "le problème économique du masochisme" in Névrose, psychose et perversion, PUF, 1973 ;
- le besoin de connaître les limites, ses limites ;
- la prise en compte de l'interdit et de l'inter - dit en liaison avec l'interdit œdipien et le principe de castration. Valeur symbolique de la Loi et de la sanction.
d) Le socio constructivisme et l'interactionnisme dans la construction de soi, des savoirs ;

- En effectuant des choix éducatifs et pédagogiques dans un positionnement déontologique en fonction de "modèles éducatifs" :
- constructiviste et interactionniste (et non transmissif, applicationniste) ;
- médiateur, éducateur (et non instructeur) ;
- modèle d'affranchissement (et non charismatique ou directif) ;
- et plus particulièrement pour ce qui est de la sanction, modèle de "l'éducateur qui gère avec les enfants - élèves - écoliers" (et non modèle du "St Louis sous son chêne") ;

Volontairement nous nous inscrivons dans une démarche éducative par rapport à la sanction qui associera l'enfant ce qui correspond davantage au modèle d'affranchissement dans une approche socioconstructiviste.Ce choix conduit bien évidemment à la mise en place de lieux de parole, de régulation, de médiation, du type "conseil de classe" (technique pédagogique ô combien délicate) Ce choix conduit également à la mise en place d'un système de sanction éducatif et à vocation humaniste, qui implique :
- un rappel systématique du droit commun dans lequel il s'inscrit ;
- l'élaboration progressive (en fonction d'évènements) d'un système évolutif et gradué de sanctions, de différents types de sanctions comme c'est le cas dans le code pénal. Ce système de sanctions écartera, par principe, la punition de type coercitive et/ou expiatoire, inspirée de la culture judéo-chrétienne.

Mais alors quelles sanctions ?

Rappeler tout d'abord l'étymologie : latin sanctio ; de sancire, établir une loi. Conséquence morale d'un acte, châtiment ou récompense ; peine ou récompense prévues pour assurer l'exécution d'une loi (sanctions pénales). Mesure répressive. - Grand Larousse encyclopédique.

Dans ce cadre nous pourrions envisager, comme sanction :
- l'enregistrement, le constat oral ou écrit d'un non respect de la règle : "je note que…" ; "je te critique parce que…" ;
- l'évocation du non respect d'une règle ou de sa prise en compte : "je te rappelle que…" ; "on a traité en conseil de classe de…" ;
- l'avertissement qui tient compte du droit à l'erreur ;
- la sanction réparation car la faute est liée au faire et non à l'individu ;
- la sanction privation de droits, de liberté, de responsabilité ;
- la sanction "pardonnante" (rédemptrice) : "je (te) présente mes excuses" ;
- la sanction "contractualisante" : "je m'engage à…"

En tout état de cause, la sanction sera :
- avant tout éducative ;
- indépendante du libre arbitre de l'adulte ;
- l'objet d'une discussion
- réflexion, d'une négociation ;
- traitée en référence à une règle, une Loi explicites.

On peut comptabiliser 3 à 6 niveaux de sanctions négatives :
Les avertissement en italique sont facultatifs (selon l'enseignant) et ceux en caractère gras indispensables :
Sanction 1 : avertissement verbale
Sanction 2 : isolation sur le bord du tatami (5 à 10 mn)
Sanction 3 : isolation sur une chaise à l'extérieur du tatami (10 à 15 minutes)
Sanction 4 : exclusion du cours avec demande à l'élève-enfant de se réhabiller
Sanction 5 : exclusion 1 à 2 semaine(s) du club
Sanction 6 : exclusion du club

Attention !
L'isolement sur le bord du tatami peut s'avérer selon la population, néfaste. En effet, l'enfant peut s'agiter de plus belle. Le mieux est de limiter au maximum cette sanction en nombre et dans le temps. Il faut garder à l'esprit qu'une sanction banalisée est inutile.

Sources : http://probo.free.fr/ecrits_divers/sanctionner_ou_punir.htm