« La raison pour laquelle j’ai adopté le nom de JUDO, au lieu de JU-JUTSU, est que ma méthode n’est pas un art, mais une doctrine.
L’art est cultivé, mais c’est la doctrine qui est l’essence du JUDO. »

Jigoro Kano

Étymologiquement :
- qui est issu du chinois classique se prononce Djiou. Les dictionnaires Couvreur, Ricci et Wieger désignent ce caractère chinois comme provenant du radical 75 Mu : le bois. Cette racine est redoublée et le caractère (Jou, Jeou, Rou) (2451 du Ricci) signifiait donc, à l’origine, jeune plante, jeune pousse... et, par extension flexible, élastique, tendre, souple, doux. On retrouve ce caractère dans un texte classique, le LIJI (Li Ki), ou Livre des Rites où il est affirmé, au chapitre 72 " Jou Neng Ke Kang " : " Plus fait douceur que violence ". On retrouve également, en Chine, une école philosophique de tendance néo-confucianiste, se nommant Ju Tao (Rudao) (J¨d˘ en japonais !), fondée en 1127 : " La Voie de la douceur ". Ce caractère Jou (flexible) illustre bien l’anecdote de la fondation du Yoshin-ryu où le Maître Akiyama Shirobei Yoshitoki eut l’illumination en voyant une branche de saule (Yo) ployer () sous la neige et se redresser. Précisons, enfin, que le terme japonais J¨d˘ (Voie de la douceur ou de la souplesse) fut utilisée près d’un siècle avant Jigorô Kanô pour qualifier l’école du Jikishin-ryu.
La notion d'adaptation/intelligence :
L’essence du j¨d˘ repose sur le principe de l'adaptation/intelligence.
L'adaptation/intelligence est l'ensemble des ajustements de conduite réalisé par un individu pour faire évoluer une situation dans son sens.
Elle s’effectue soit par :
- L'assimilation à savoir l'ajustement de la situation grâce à sa capacité d'application des connaissances (ryu no maki) de l'individu. Tori est l'attaquant.
- L'accommodation à savoir l'ajustement d’un individu grâce à sa capacité d’apprentissage (de compréhension) (tora no maki). Tori est le défenseur.
Bien sûr, ces deux approches s’influencent l’une l’autre dans le sens où tout apprentissage amène un accroissement des connaissances et que toute application des connaissances nécessite un apprentissage (une compréhension) de la situation.
Les combats basés sur le jùdô peut donc être assimilé à une activité de résolution de problème. Pour battre son adversaire, le j¨d˘ka a donc deux possibilités :
- soit il doit faire appel à un savoir technico-tactique (tora no maki) qu’il adapte en fonction des caractéristiques spécifiques de son adversaire (accomodation), c'est l’intelligence discernante.
- soit il impose une stratégie (ryu no maki) à son adversaire (assimilation), c'est l’intelligence expérimentale.

- Jutsu désigne l'art et la technique (j¨jutsu et non j¨jitsu. jutsu = art, technique et jitsu= vérité, réalité) Le caractère Jutsu représente, l’ancien caractère chinois Shu (4458 du Ricci) - (que l’on retrouve dans Wushu " Art Martial chinois ") - signifiant habileté technique, art secret, procédé. Littéralement, en chinois le Jeou Shu (Roushu), ou le Ju Jutsu, en japonais désigne " l’art secret de la souplesse " ou " la pratique qui consiste à ployer pour mieux se redresser ". Mais, en japonais populaire ce caractère se prononce en réalité Djiou, tandis que Jutsu se prononce Djioutsou...
Il est normal que les premières traductions en langue occidentale, utilisant une transcription littéralement phonétique, aient alors traité du " Djiou-Djioutsou "... ce qui a, par la suite donné " Djiù-Djitsu " puis " Jiù-Jitsu "... Mais, dans ce cas, on devrait alors écrire Djioud˘, ou Ji¨d˘... Puisque le terme J¨d˘ (... et non ) est désormais universellement admis mieux vaut donc, logiquement, écrire Jùjutsu en un seul mot et non Jiù Jitsu !
L'utilisation du terme "jitsu" est donc une erreur historique.
Cela n’empêchera pas les puristes de prononcer à la japonaise " Djioudo " et non J¨d˘ !

- est un concepte plus large qui désigne un cheminement intérieur consistant à tendre vers une ligne de conduite et un état d'esprit. Pour bien comprendre “”, qui se lit également “michi”, il faut garder à l’esprit trois éléments indissociables. Le premier nous est donné par l’étude de la graphie de ce caractère. Celui-ci est composé de deux parties. L’une, la partie supérieure, est un caractère en elle-même qui se lit “shu” ou “kubi”. Aujourd’hui, cela signifie “le cou” mais, autrefois, il avait pour sens “la tête” ou “le chef”, “celui qui dirige”. La seconde, constituée du reste du caractère est ce que l’on appelle une “clé” et celle-ci a le sens de cheminement de déplacement. Ainsi, il s’agit de se déplacer dans la direction vers laquelle on est tourné, dans laquelle on regarde ou vers celle que l’on nous indique, nous explique. Pour le deuxième élément, il faut s’intéresser à l’histoire de l’utilisation de ce caractère au Japon. À l’époque des codes (VIIe~XIIe siècle), “” ou “michi” désigne d’abord des axes de circulations vers des provinces lointaines. Il ne s’agit pas du chemin concret qui relie un point à un autre mais le fait de pouvoir s’avancer vers et à l’intérieur d’une aire géographique délimitée par cette route et qu’on ne découvre qu’au fur et à mesure de sa progression. Très vite, par extension, ce terme désigne la zone géographique en elle-même puis, par abstraction, un domaine particulier des activités humaines, une spécialité comme les lettres ou le calcul. L’évolution sémantique se poursuivant, “” et “michi” en viennent à désigner la méthode qui permet d’accéder à cette compétence particulière mais aussi le principe qui sous-tend cellle-ci. Le troisième élément nous fait remonter aux origines de la pensée chinoise et notamment à Lao-Tseu qui dicte le Tao-tö-king, texte de référence du Taoïsme, vers le IVe siècle av. J.C. Or, Tao n’est autre que “ / michi”. Lui le définit comme l’absolu sans nom vers lequel on se doit de tendre. Cette définition est reprise par le néo-confucianiste Zhû Xi (1130~1200), Shushi en japonais (cf. no ri), qui précise que “ n’est autre que le principe ultime”. Ainsi, la notion exprimée par ce caractère serait le but indéfinissable, l’idéal à atteindre, le Principe Universel contenu en chaque chose et vers lequel tendent tous les principes particuliers. Mais c’est le moine japonais Dôgen (1200~1253), dont le nom signifie “Origine de la Voie” ou “Qui se base sur la Voie”, qui offre pour la première fois une synthèse de ces trois éléments : le but et la pratique ne sont qu’un. “ / michi” est donc une notion dynamique de progression à l’intérieur d’un domaine particulier indéfinissable que l’on ne découvre que par l’expérience et la persévérance. Or, le particulier contient dans son intégralité et son indivisibilité l’universel. Devenir un spécialiste et poursuivre toujours sa route mène donc vers l’universalité et la pratique permet à l’homme, de par l’expression de ce qu’il a de plus profond en lui, de communier avec l’Univers.
Dans bien des cas, il est préférable de traduire le kanjis“” par "principe directeur", que par “voie" ou "chemin”. Une ligne de conduite (normes) et un état d'esprit (dô) (valeurs), où corps et esprit s’éduquent et s’associent pour tendre vers un même but.

" Pourquoi j'appelle ceci jùdô au lieu de jùjutsu ? Parce que ce que j'enseigne n'est pas seulement jutsu (= art ou pratique). Bien sûr, j'enseigne jutsu, mais c'est sur (= voie ou principe) que je voudrais insister spécialement. Le jùdô kôdôkan que j'enseigne a, comparé à l'ancien jùjutsu, des visés plus vastes, et différentes en techniques, de sorte que je pouvais lui donner un nouveau nom. Il existe deux autres raisons pour lesquelles j'évitais d'utiliser le terme jùjutsu :

1- Il y avait des écoles de jùjutsu qui souvent se laissaient aller à pratiquer de violentes et dangereuses techniques, en projection ou en torsion de bras ou de jambes Voyant ces choses, beaucoup de gens en venaient à penser que le jùjutsu était malfaisant de telle sorte qu'il était méprisé et regardé comme une chose pouvant avoir une influence néfaste sur les jeunes hommes...

2- Lorsque je commençais à enseigner, le jùjutsu était tombé en discrédit. Quelques maîtres de jùjutsu gagnaient leur vie en organisant des troupes composées de leurs disciples et faisaient des combats exhibition, pour lesquels l'entrée était payante. D'autres allaient jusqu'à se faire les acteurs de combats entre lutteurs professionnels de sumo et pratiquants de jujutsu. De telles pratiques dégradantes prostituaient un art de combat et me répugnaient."

                               - Le j¨d˘ est un cheminement intérieur (démarche personnelle) consistant à tendre vers un principe directeur logique et rationnel (ni religion ni magie) Ó but pragmatique, basÚ sur l'adaptabilitÚ () du corps (tai) et de l'esprit (ghi) et de l'entraide et la prospÚritÚ mutuelle (jitai kyoei) afin d'obtenir le bon usage de l'Únergie (seiryoku zenyo) dans toutes les situations dans le but de tendre vers le bien-être et le développement humain (kojin no kansei). Parvenir à suivre cette ligne de conduite dans la vie de tous les jours nécessitant un dévouement (shin) constant envers soi et les autres. Le Jùdôka tend à s'adapter () aux problèmes qui lui font face plutôt qu'à leur résister (go) pour obtenir le maximum d'efficacité. Le j¨d˘ en tant que méthode de combat ayant une visée éducative, toutes les techniques portant atteinte à l'intégrité physique ont été supprimées.

                               - Littéralement, en chinois le Jeou Shu (Roushu), ou le J¨jutsu, en japonais désigne "l’art secret de la souplesse" ou "la pratique qui consiste à ployer pour mieux se redresser". Le J¨jutsu est l'art et la technique qui consiste à vaincre l'adversaire en s'adaptant à lui (). Le J¨jutsu ayant une visée martiale, toutes les techniques portant atteinte à l'inégrité physique (coups frappés et les luxations sur tout le corps) n'ont pas été supprimées.

Si on prend ces deux définitions au sens littéral, la différence entre le "j¨jutsu" et le "j¨d˘" ne réside pas dans la technique mais dans la visée. Le J¨jutsu à une visée martial alors que le j¨d˘ a une visée éducative. De fait, si votre démarche est martial, vous êtes jùjutsuka et si votre visée est éducative vous êtes jùdôka.
Enfin, si votre démarche est compétitive il existe trois cas de figure :
- soit votre seul but est d'éteindre l'efficacité technique sans vous préoccupé de l'adversaire et vous êtes dans l'esprit du J¨jutsu
- soit votre seul but est de vaincre en respectant les règles au pied de la lettre et vous êtes dans l'esprit du sport
- soit vous vous servez de la compétition en respectant l'esprit des règles pour vous évaluer afin d'en tirer des leçons pour progresser et vous êtes dans l'esprit du j¨d˘.

Le J¨jutsu n'est que la partie technique du j¨d˘.

Le J¨jutsu est l’étude technique, alors que le j¨d˘ est l’étude de la voie. L’étude de la voie est plus importante que l’étude de la technique, par l’étude des aspects moraux du j¨d˘ « éducation de l’esprit ». Le principe et l’idéal du J¨d˘ : « Maximum-efficacité » et « bien-être et avantage Mutuel » est plus important que les méthodes de combats. Cela permet d’améliorer l’homme et contribue ainsi à une humanité meilleure pour la paix dans le monde.

Schéma actuel et voulu par Jigoro Kano
   
Ju
(techniques exclues)
jutsu
(techniques choisies pour aborder le judo)
   

Jigoro Kano a tiré les techniques permettant d'aborder le j¨d˘ d'une partie choisie du J¨jutsu. Techniquement parlant, le j¨d˘ (rouge+jaune) est donc du J¨jutsu (en jaune). Philosophiquement parlant, le j¨d˘ (rouge+jaune) englobe une grande partie du J¨jutsu (en jaune).
La partie que Jigoro Kano à choisie d'exclure n'est pas du j¨d˘ puisqu'elle ne respecte pas suffisamment l'intégrité physique.

D'une manière générale, ces concepts sont basés sur la confrontation avec un environnement que l'on parvient à maîtriser en s'adaptant () pour obtenir le maximum d'efficacité (Seiryoku zenyo). On ne peut donc pas apprendre les techniques basées sur le J¨d˘ et de J¨jutsu seul mais toujours en confrontation avec l'autre.
Le J¨d˘ est donc la généralisation du J¨jutsu (Seiryoku zenyo) à la vie quotidienne et à la vie en société (jita kyoei). En J¨jutsu on se sert du principe de l'adaptation pour élaborer la technique et apprendre à ce battre. En J¨d˘, on se sert de la technique pour illustrer le principe de l'adaptation et l'appliquer à la vie quotidienne et à la vie en société.

En conclusion, le jùdô est en fait la nouvelle appellation du jùjutsu depuis 1882. Cette nouvelle appelation est justifié par l'élargissement du concepte "" à la vie quotidienne.